Olivier Conan sur la scène de Barbès ©2009 Thibaut Estellon
Aujourd'hui, direction Barbès.
Non, nous sommes bien à New York, plus particulièrement à Park Slope en plein cœur de Brooklyn où Olivier Conan me reçoit dans son café concert réputé pour sa programmation atypique. Résident à Brooklyn depuis plus de 20 ans, Olivier revient sur son parcours et sur sa passion de la musique que ce soit en tant que musicien ou comme manager de Barbès et Barbès Record...
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Olivier, comment t’es-tu retrouvé à New York ?
Je suis arrivé en 1984 pour suivre ma copine qui était américaine. J’avais 22 ans à l’époque. C’était la première fois que je venais à New York mais j’ai été totalement fasciné dès mon arrivée.
Peux-tu nous parler de tes activités ici ?
Alors commençons par Barbès , le Café concert que mon associé Vincent Douglas et moi avons créé il y a sept ans. On a choisi ce nom, Barbès, parce que l’on ne voulait pas tomber dans les clichés du bistrot français style Saint Germain des Prés, Bar Tabac, etc. Barbès à Paris c’est aussi un peu l’anti chichi français et le quartier près duquel j’habitais. Du côté de la programmation, on a eu beaucoup de jazz expérimental et on a réussi assez rapidement à monter une belle scène avec des gens qui jouent ici régulièrement, toujours en live. Notre style est défini par ce que l’on n’a pas : par exemple nous ne programmons pas de rock, ni de songwriters, ou d’électro. On privilégie les styles musicaux peu présents dans les autres lieux, c’est un peu notre force et notre identité.
Michael Nagle for The New York Times
A côté de cela, je m’occupe de Barbès Records qui est un label de musique. On produit des gens qui font de la musique inspirée de musique traditionnelle, sans que cela soit forcément leur propre tradition, et qui la mélange, la transforme… On a sorti une compilation de musique péruvienne, la Chicha, qui a plutôt bien marché, on s’apprête à sortir un disque au mois d’avril de The Warsaw Village Band , qui est un groupe polonais.
Je joue aussi au sein de Chicha Libre que l’on a créé il y a deux ans. C’est au cours d’un voyage au Pérou que j’ai découvert cette musique, la Chicha, qui était au final assez proche de ce que je faisais déjà à l’époque. Aujourd’hui le groupe tourne bien, on a eu beaucoup de presse, nous avons joué sur la Côte Est et Ouest des Etats Unis et au Canada. Notre disque sort en Europe prochainement et une tournée européenne est aussi en préparation.
Ci-dessous, le clip de Chicha Libre, Indian Summer (directed by David Teague)
En France, beaucoup de cafés concert et petites salles indépendantes ont des difficultés à maintenir leur activité à cause entre autres des législations anti-bruits. En est-il de même ici ?
Jusqu’ici, nous n’avions jamais eu de problèmes, pas une plainte en sept ans. Néanmoins depuis un mois de nouveaux voisins sont arrivés et nous rendent la vie impossible : nombreuses plaintes, appels quotidiens… Nous avons été contraints de faire d’importants travaux d’isolation sonores uniquement à cause d’eux.
Peux-tu nous parler de la vie de musicien à New York ?
C’est dur, comme ailleurs. C’est peut être même plus difficile car la scène musicale est extrêmement compétitive : les musiciens sont très doués et les concerts ne payent pas toujours bien...Le côté positif, c’est que sur le plan créatif la scène New Yorkaise est surement la plus dynamique au monde. De nombreux musiciens étrangers viennent d’ailleurs s’installer ici pour cette raison. Ce qui se passe musicalement est incomparable avec ce qui se passe en France.
Au final, il est peut être plus facile d’être musicien en France grâce au régime des intermittents et plus généralement au système de protection sociale. Mais de ce fait, j’ai l’impression que les musiciens français sont un peu plus cloisonnés. Ici, ils évoluent dans différents milieux et multiplient les engagements et collaborations. Par exemple, les musiciens de jazz font du classique, jouent à Broadway et également dans des groupes de rock. Ils se mélangent plus et par conséquent ce phénomène favorise la créativité et les innovations musicales.
Chicha Libre, Photo Elizabeth Weinberg
Quelle est ta perception de la communauté Française locale ?
Je croise de plus en plus de français depuis quelques années. Dans les années 80, la majorité des expatriés travaillaient dans des grosses boites, c’était un peu Versailles qui venait à New York ! (rires) Aujourd’hui, c’est beaucoup plus hétéroclite et à mon goût plus représentatif de la société française.
Quel est ton quartier préféré ?
Personnellement, j’ai toujours vécu à Brooklyn, dans les environs de Park Slope et n’ai donc jamais habité à Manhattan ce qui a l’époque était beaucoup plus rare que maintenant. J’aime bien mon quartier, même si Park Slope a beaucoup changé et s’est très enrichi. J’aime beaucoup Sunset Park ou les restaurants sont excellents et où je peux trouver de la bonne musique. Sinon, j’adore tous les quartiers multiculturels à l’image de Jackson Heights, Astoria dans le Queens.
Brownstones à Park Slope, Brooklyn
Tes lieux culturels préférés ?
MoMA , Anthology Film Archive , le World Music Institute , Zébulon à Williamsburg.
Y a-t-il certaines choses qui te manquent ?
C’est de la nostalgie plus qu’autre chose ; quand je retourne en France je ne retrouve pas forcément ce qui me manque. Non, sinon je dirais les produits traditionnels, les petits commerces, la Cinémathèque et les librairies indépendantes.
As-tu des conseils pour des musiciens français qui voudraient percer ici ?
Bonne chance (rires)! S’exposer le plus possible, jouer partout, pratiquer, parler a des gens, rencontrer du monde.
Te vois-tu un jour revenir en France ?
Non, je ne pense pas. J’aimerais quand même que ma fille puisse passer un an en France. Personnellement, je préfèrerais aller à Buenos Aires ou à Mexico City qui m’attirent plus aujourd’hui même si j’aurai toujours une tendresse particulière pour la France.
Mexico City ©2008 Thibaut Estellon
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©2009 Propos recueillis par Thibaut Estellon
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