Laurent Masset ©2009 Thibaut Estellon
Fin connaisseur de l'industrie musicale, Laurent Masset fut un acteur plus qu'actif dans l'éclosion de la scène techno française du début des années 90. Formé à l'écurie FCOM, le label du célèbre DJ Laurent Garnier, il participa notamment à l'explosion planétaire du "Flatbeat" de Mr Oizo. Il fit alors le pari de prolonger cette déferlante électronique aux Etats-Unis, à San Francisco dans un premier temps puis à New York. Après diverses expériences, y compris chez Decon, fameux label américain de hip hop, il a tout récemment décidé de monter sa propre structure, Le Plan Music au sein duquel il représente Wax Tailor, The Penelopes ou encore Rebotini concrétisant ainsi son désir de promouvoir les talents musicaux européens et français aux Etats-Unis...
Laurent, peux-tu revenir sur ton parcours, comment t’es-tu retrouvé aux Etats-Unis et plus particulièrement à New York ?
En fait, j’ai eu une arrivée en 2 temps puisque j’avais vécu 5 années à Houston, au Texas, étant gamin. J’en ai toujours gardé un très bon souvenir et une certaine attirance pour les States. J’ai commencé à bosser dans la musique en 1995 avec le label FCOM à Paris. Je m’occupais d’un peu de tout sauf de l’artistique et travaillais aussi sur l’international. Nous avions à l’époque St Germain, Laurent Garnier, Mr Oizo, Frédéric Galliano qui marchaient très bien à l’étranger et notamment aux US. 1998 fut l’année de Mr Oizo avec son tube planétaire "Flat Beat". Paradoxalement, aux US, son succès est resté relativement modéré en comparaison de l’Europe. C’était frustrant et je me suis dit qu’il y avait là un coup à jouer. A l’époque, j’étais un vrai militant techno et me disais que la clef du succès se trouvait dorénavant aux US.
Mais n’était-ce justement pas l’époque où la techno commençait à perdre du terrain aux US ?
Oui ça marchait beaucoup moins. Mais je voyais des labels comme Ninja Tune , qui s’était lancé au Canada et qui explosait aux US ou encore le label allemand K7 qui marchait très bien aux Etats-Unis alors qu’il était relativement petit en Europe.
En 98, entre les premières victoires de la musique électronique remportées par FCOM, l'organisation de la première techno parade pour laquelle nous avions fait beaucoup de lobbying et le concert de Laurent Garnier dans la salle mythique de l’Olympia, j’avais l’impression qu’on avait fait tout ce qui pouvait être réalisé en France et que c’était donc le moment de se développer sur le territoire américain.
Laurent Garnier
Tu t'es alors retrouvé sur la côte-ouest des Etats Unis ?
Oui, je suis parti pour San Francisco avec l’idée de lancer FCOM sur place. En 2000, après une bonne progression du label, il y a finalement eu un désaccord avec notre distributeur local. C'est à ce moment que j'ai choisi une autre voie et suis parti de San Francisco pour m'installer à New York à l'automne 2001. J’ai progressivement repris contact avec la scène house locale via des petits labels indépendant comme Clairaudience ou Statra.
Mais j’avais toujours cette envie de faire venir des artistes de la scène européenne aux US. J’ai donc monté la structure américaine du label français Recall puis suis finalement passé chez Decon, toujours dans l’import/export en essayant de faire ce lien entre l’Europe et les US.
Fin 2008, j'ai finalement décidé de me lancer en solo avec mon label : Le Plan, avec lequel je m'occupe de Wax Tailor, Rebotini, The Penelopes...
Wax Tailor
On dirait que certains artistes internationaux ont du mal à percer aux US, notamment s’ils ne chantent pas anglais. Penses-tu que le marché américain est plus ethno-centré que son pendant européen ?
Je n’ai pas l’impression que les Etats-Unis soient si fermés que cela, ne serait-ce que par la culture américaine et l’immigration. Il y a un côté très cosmopolite, surtout dans les grandes villes, notamment à New York. Dans la musique, les US sont incontournables, cela reste le plus gros marché musical au monde. Tous les labels y sont implantés, beaucoup de priorités mondiales sont décidées ici. A l’exception de quelques labels comme celui de David Byrne par exemple, les indépendants sont généralement très ancrés dans la scène locale. Il est vrai que la France est un marché très ouvert, d’où le succès des Musiques du Monde.
The Penelopes
As-tu remarqué d’autres différences entre les US et la France ?
La scène parisienne est plus compacte. Il te suffit de fréquenter 3 ou 4 endroits et tu rencontres vite toute l’industrie. A New York, c’est un peu plus VIP, tout le monde est un peu dans son coin, il y a beaucoup de cloisonnements. Mais il y a tellement de gens qui essayent de faire ce métier que ça fourmille dans tous les sens. Musicalement, c’est incroyable, il y a une myriade de groupes, la créativité y est très forte. Autre point positif, c’est qu’il y a beaucoup plus d’argent dans l’industrie de la musique ici. En France, dans un gros label comme FCOM on avait moins d’argent qu’ici dans un petit label américain !
Rebotini
Quelles en sont les raisons selon toi ?
Les économies sont différentes, les sources de revenus annexes liées au cinéma, à la téléphonie, à la publicité sont beaucoup plus conséquentes sur le territoire américain. C’est un peu le centre névralgique...
On parle souvent des indies. Etre indépendant dans le monde de la musique, cela veut dire quoi aujourd’hui selon toi ?
Pour moi, un label indépendant, c’est une structure dont l’activité principale et la passion sont la musique contrairement aux grands groupes pour lesquels la musique n’est qu’une activité parmi d’autres comme pour Vivendi (Universal) ou Bertelsmann (Sony BMG) qui produisent de la musique pour alimenter d’autres sources de revenus : internet, cable, etc.
The Penelopes
On observe aujourd’hui de nombreux mouvements dans l’industrie musicale, que ce soit sur le plan législatif ou économique. Paradoxalement, les gens écoutent de plus en plus de musique mais l’industrie est en crise. Comment vois-tu le futur de ce secteur musical ?
Oui la musique est de plus en plus présente dans nos vies mais de moins en moins monétisée. Le modèle traditionnel de la maison de disque avec le développement d’artistes sur le long terme est sûrement en train de vivre ses derniers jours. On se dirige vers des structures de services pour les artistes, des structures de management...
Un peu comme ce que les majors appellent le "360˚ management", qui engloberait tous les aspects touchant à la carrière de l’artiste et pas seulement le disque et l’édition ?
Le problème avec ça est de savoir s’il est possible d’avoir un seul interlocuteur pour tout gérer. A mon avis, on observera plutôt une décentralisation de ces services et une multiplication de petites structures pour accompagner l’artiste, un modèle où l’artiste serait au centre.
Quels sont tes styles musicaux préférés ?
Toujours et principalement la techno
Même avec ton parcours chez Decon, label très orienté hip hop ?
Oui mais on ne travaille pas toujours sur ce que l’on aime (rires). Non, je pars du principe que quand on est un professionnel dans ce milieu, on doit pouvoir s’adapter. Tant que la démarche de l’artiste est intègre, cela me convient parfaitement, peu importe le style musical.
Quels sont tes groupes new-yorkais préférés ?
Metro Area, un duo techno basé à Brooklyn. Sinon, toute l’écurie Daptone, collectif de musiciens basés à Brooklyn ayant collaboré avec Sharon Jones ou encore Amy Winehouse sur son dernier album. Ils sont très branchés soul-revival avec un son groovy, soul et sirupeux. Je pourrais aussi citer M.I.A., qui vit ici, ou bien encore Santogold avec leur fusion punk-hip hop.
Santogold
Quels sont tes clubs préférés et ceux où tu as souvent de bonnes surprises ?
J’aime beaucoup Santos Party House, Studio B, APT...Mais je viens d’avoir un enfant alors je sors beaucoup moins ces temps-ci. Pour découvrir des groupes intéressants, je dirais APT et Union Hall sur Park Slope, Brooklyn.
Penses-tu que les clubs sont meilleurs à Paris ou à New York ?
Il y a peu de temps, j’aurais dit Paris... mais depuis l’ouverture de Studio B et Santos Party House, je pense que New York a de nouveau des clubs dignes de ce nom.
Santos Party House
En quoi NYC a influencé ta vie personnelle et professionnelle ?
J’ai une aversion croissante envers le monde financier (rires). Plus sérieusement, il y a une énergie ici très intéressante et extrêmement motivante. New York m’a aussi donné envie de grands espaces, de campagne, je songe éventuellement à m’installer dans l’Hudson Valley...
Quels sont tes quartiers new yorkais préférés ?
SoHo avec son côté un peu street culture. J’aime aussi beaucoup Carroll Gardens où j’habite, quartier très charmant et d’ailleurs très populaire auprès des français avec son allure de petit village italien, ses fromageries, boulangeries et restaurants. D'ailleurs, ça devient un peu Little France (rires).
Est-ce que la France te manque ? Te verrais-tu y retourner ?
Mis à part la bouffe, la relation avec les gens et flâner en terrasse, il y a peu de choses qui me manquent. Professionnellement, je ne pense pas que j’aurais pu en faire autant en France. Quant au retour, non je n’y pense pas, surtout avec la situation politique actuelle. On verra plus tard éventuellement...
Pour finir, quelle est ton actualité pour les semaines à venir?
Sortie le 7 juillet de l'album de Rebotini "Music Components" puis le 18 Août de The Penelope[s]: "Priceless Concrete Echoes" et enfin le 21 Septembre : Wax Tailor "In the Mood For Life".
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Votre avis !
Laurent Masset évoque un éventuel retour d'une industrie musicale centrée autour de l'artiste. Qu'en pensez-vous ? Est-ce souhaitable ? Réalisable ?
Quel est votre avis sur l'évolution de cette industrie dont on parle tant en France notamment avec la loi Hadopi , loi très controversée visant à lutter contre le téléchargement ?
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Pour plus d'infos, rendez-vous sur le site de Le Plan Music : www.leplanmusic.com ::: Myspace : www.myspace.com/leplanmusic
Good news ! The French Creative Connection est site de la semaine sur nycfrench.ning.com . Check it out !
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
Photos Wax Tailor, Rebotini, The Penelopes: courtesy Le Plan
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