mercredi 19 août 2009

KRYSTLE WARREN : Singer-songwriter



AN AMERICAN SUMMER - PART 10
C'est dans le Jazz, la Soul, le Rhythm'n Blues ou encore le Rock, la Folk et la Pop que Krystle Warren trouve son inspiration pour créer un univers musical très personnel. Son timbre de voix et ses influences artistiques ont fait d'elle une des nouvelles stars montantes de la scène musicale internationale à l'image de Keziah Jones, Rodrigo y Gabriela, Hugh Coltman, artistes avec qui elle partage occasionnellement la scène. C'est avant une séance photo mémorable au cours de laquelle J+M+R s'était mis en tête de faire l'acrobate sur la fenêtre de son appartement, que Krystle Warren a accepté de revenir pour nous sur son parcours et sa musique, mais aussi sur son amour pour le cinéma ainsi que sur ses premières impressions parisiennes...



Hello Krystle, d’où viens-tu et comment t’es-tu retrouvée à Paris ?
Je suis originaire de Kansas City dans le Missouri puis j'ai vécu à New York et San Francisco. Cela fait maintenant 9 mois que je suis arrivée en France pour faire la promotion de mon album Circles car je suis signée chez un label français, Because, qui s’occupe aussi de Justice, Manu Chao, Charlotte Gainsbourg ou encore des Daft Punk…

Comment définirais-tu ta musique ? Quelles furent tes inspirations pour ton dernier album ?
Ma musique est très personnelle, elle parle de ma vie, de mes expériences, c’est un patchwork musical éclectique. Pour Circles, c’est principalement New York qui m’a inspirée, c’est une ville très stimulante. J’ai beaucoup écrit pendant mon séjour dans cette ville incroyable. A l’époque, je ressentais un besoin vital de m’échapper de Kansas City et New York fut le remède idéal, ça m’a aidé à grandir, j’ai du apprendre à économiser et non pas juste emprunter. Mon groupe The Faculty est d’ailleurs toujours basé là-bas, j’aurais adoré les ramener avec moi à Paris mais il faudrait pour cela que je vende des millions d’albums ( rires ). Mais je joue aussi avec des musiciens français ici et c’est plutôt cool.

Vidéo : Krystle Warren


On te compare souvent à Tracy Chapman…
Oui et 9 fois sur 10 c’est basé sur notre couleur de peau, notre ethnicité, c’est stupide ! Je connais très peu sa musique d’ailleurs. Du coup, c’est un peu comme si quelqu’un me disait que je lui fais penser à 2Pac...

Qu’est-ce que ton séjour ici a apporté à ta musique ? Est-ce que Paris fut une source d’inspiration ?
A vrai dire, j’ai été très occupée par la promo de mon album mais je me suis remise récemment à écrire. Il y a une certaine introspection qui est en train de venir. Ma vie à Paris m’a clairement ouvert les yeux, c’est une expérience extrêmement enrichissante. Il ne faut pas oublier que je suis américaine et fais donc partie d’un des peuples les plus stupides au monde ( rires ). On est obnubilé par notre pays et on oublie malheureusement trop souvent qu’il y a d’autres personnes et pays qui nous entourent.

Quels sont les artistes avec qui tu aimerais collaborer ?
Rufus Wainwright, Mathieu Boogaerts et Gonzales, trois artistes incroyables.

As-tu une préférence pour la scène ou le studio ?
Je tourne pas mal puisque j’ai 5 ou 6 dates par mois mais c’est difficile de choisir, ces deux aspects de ma carrière musicale sont incroyables.


Krystle Warren ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com

Si tu ne devais garder qu’un seul album ?
Miles Davis « E.S.P. ». J’ai toujours écouté du Jazz, j'adore ces compositions un peu folles et improbables, c’est probablement la seule musique qui ne me rendrait pas dingue à long terme.

Quels sont les groupes et musiciens français que tu affectionnes ?
J’adore F.M. qui fait une musique fantastique avec violoncelle, violon, cor, guitare et chant. Sinon Mathieu Boogaerts bien entendu, mais aussi Gainsbourg ou encore Brigitte Fontaine.

Penses-tu qu’il soit plus facile d’être musicien en France ou aux Etats-Unis ?
C’est clairement plus facile ici, tu as plus de sécurité, l’accueil des professionnels dans les salles de concert est nettement meilleur. Aux Etats-Unis, surtout à New York, c’est l’usine. A peine descendu de scène, ça enchaîne avec un autre groupe, les conditions techniques sont souvent limites, il y a beaucoup de clubs ou tu n’es pas payé et dois faire passer le chapeau…

Vidéo : Krystle Warren


Tu as tourné aux States et en France. Quel est ton opinion sur ces deux publics ? As-tu remarqué des différences ?
Le public est incroyable ici. Lorsque j’ai tourné avec Rodrigo y Gabriella, la salle était blindée, on pouvait ressentir la foule, c’était impressionnant ! Tandis qu’avec Keziah Jones, il n’y avait pas un bruit, cela me rendait très nerveuse…mais les gens à ma sortie de scène n’en étaient pas moins enthousiastes et ouverts à la discussion.
Du côté des radios françaises, à part certaines comme Radio Nova qui osent prendre des risques, ce qui passe à l’antenne est très mainstream et c’est bien dommage. D’ailleurs beaucoup de ces « crap » viennent de mon pays ! Du coup, pour les musiciens indépendants qui ne rentrent pas dans ce formatage, il est plus difficile de percer ici...

Qu’est-ce que cela veut dire
de nos jours selon toi "artiste indépendant" ?
Personnellement, j’imagine que j’ai un peu plus de liberté, le label a beaucoup plus de patience, s’implique sur le long terme…

Je crois que tu es fan de cinéma. As-tu vu des bons films récemment ? Quel est ton avis sur le cinéma français ?
J’ai récemment emprunté Cashback à un ami. Il y a quelques tricks sympa et l’histoire est pas mal même s’il y a trop de narratif…J’ai aussi organisé une nuit Jacques Demy chez moi, on s’est visionné les Parapluies de Cherbourg - probablement un de mes favoris - et les Demoiselles de Rochefort.Mais d’une manière générale, j’aime beaucoup le cinéma français, des acteurs comme Romain Duris. Il y a beaucoup de films qui n’ont pas d’happy ending, ce qui est plutôt rare dans le cinéma américain.


Krystle Warren ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com

Qu’est-ce qui te surprend le plus ici ?
J’étais venue brièvement au printemps dernier mais je n’étais pas vraiment familière avec cette ville et cette culture française qui me touchent aujourd’hui beaucoup. J’ai l’impression que les gens prennent vraiment le temps de « sentir les roses », la ville est fantastique.

Te considères-tu comme une vraie parisienne ?
« Oh bah ouai hein » ( rires ). Non pas encore, mais je m’en rapproche de jour en jour !

Une chose que tu aimes et une que tu détestes ici ?
J’adore quand le soleil pointe le bout de son nez et que tout le monde se bat pour récupérer un coin de table en terrasse, un rayon de lumière et un pastis. Ce qui m’agace, c’est la façon de marcher des parisiens, ils marchent trop doucement et s’arrêtent toujours brutalement…


Krystle Warren ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com

Faisons un quizz New York versus Paris. Si tu devais faire un choix entre…
Bagel et baguette ? Aucun des deux. Croissant !
Empire State et Tour Eiffel ? Tour Eiffel.
Pompidou et MoMA ? MoMA.
Dylan et Gainsbourg ? Aïe ! C’est juste impossible de répondre à ça ! ( rires )
Cocktail et vin ? Vin.
Burger fries et entrecôte frites ? Woah, c’est beaucoup trop dur ! Mais je dois admettre que je mange énormément de steaks donc je dirais entrecôte frites...
Williamsburg et Belleville ? Williamsburg.

Où étais-tu pour l’élection d’Obama et que penses-tu de ses premiers mois à la tête du gouvernement américain ?
Le soir de son élection était surréaliste ! J’étais alors en France et c’était incroyable de voir toute cette énergie provenant de l’autre côté de l’Atlantique. Je devais jouer à Lille et trois chansons après le début du concert j’ai demandé au public ce qu’il pensait d’Obama ; ils ont tous crié « Yes we can ! » ( rires ). C’était comme si Obama était devenu le président de la terre entière tellement les gens était obsédés et enthousiasmés par sa victoire ! Je fus très impressionnée par son discours et le suis toujours par sa volonté de médiation internationale.

Après Kansas City, New York, San Francisco, Paris…quelle est la prochaine étape ?
J’aimerais bien retourner à Rome ou Barcelone pour des vacances ( rires ).


Krystle Warren photographiée par J+M+R ©2009 Thibaut Estellon

Y a-t-il des choses qui te manquent ?
Oui, la liberté et l’économie en crise ! ( rires ). Non, plus sérieusement, mes amis, ma famille, le langage, la culture et les sujets de discussion communs, les barbecues me manquent! Mais mes amis ici et le label font en sorte que je sois bien entourée.

Te vois-tu rentrer aux Etats-Unis ?
Oui, pourquoi pas...Si on veut bien me laisser partir !

Pour plus d'infos sur Krystle Warren, sa musique et ses prochaines dates de concert : www.myspace.com/krystlewarren

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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
©2009 Photos Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Merci à Matthieu Burel pour son soutien sur cette interview
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