Susan Shup ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
AN AMERICAN SUMMER - PART 9
Shupshop. Voilà un mot qui revient fréquemment dans une conversation avec Susan Shup.
Ce Shupshop, c'est son atelier coloré situé en plein cœur du Marais, à la fois lieu de réflexion, d'expérimentation et de création de cette artiste américaine originaire de Boston arrivée à Paris dans les années 80. C'est ici qu'elle conçoit et développe ses œuvres où texte et abstraction s'opposent et se mélangent pour exprimer un univers très personnel. Indissociable du personnage, ce Shupshop est donc naturellement notre point de rendez-vous pour cette interview. En maître des lieux dynamique et enjouée, Susan nous offre donc l'occasion de revenir avec humour sur son travail, ses inspirations, ses collaborations mais aussi sur sa vie parisienne.
Hello Susan, d’où viens-tu et comment t’es-tu retrouvée à Paris ?
Je suis originaire de Boston et suis arrivée à Paris dans les années 80. Mon mari était alors scientifique au MIT mais voulait changer de ville. On avait le choix entre Hambourg, Boston, Washington ou Paris et, après avoir un peu hésité, on s’est finalement décidé pour Paris.
Susan Shup ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Tu es aujourd’hui artiste-peintre installée à Paris, pourrais-tu nous parler plus en détails de tes activités artistiques, quels sont les thèmes que tu abordes, les media que tu utilises ?
La place du langage est très importante dans mon travail. J’ai toujours côtoyé de nombreux écrivains et poètes et cela m’a probablement beaucoup influencée. Ainsi, le langage automatique, le hasard, le surréalisme et les mots m’inspirent. Je travaille avec différents médiums qui peuvent aller de la toile, à la vidéo, la musique, le tissu, des choses aussi bien narratives que figuratives, des poetry paintings, des badges et j’en passe... Mais tout cela fait partie du même univers au sein duquel je cherche à raconter des histoires de peintres et d’artistes. J’ai par exemple créé une série de faux documentaires « Living with Art », sortes de ciné fiction au travers desquels je me mets en scène et tente d’expliquer différents courants artistiques au grand public comme le Land Art par exemple. Mais au final, cela reste illusoire puisque ce ne sera toujours qu’une « élite » qui s’y intéressera...
Vidéo : Susan Shup, "Arte Povera"
Tu incorpores d’ailleurs beaucoup d’humour dans ces vidéos…
Oui, en effet, mais c’est une manière de transmettre quelque chose de grave pour moi qui est cet acte de peinture, de sacrifice personnel, de création de ces grandes toiles aux dominantes sombres que je cherche à estomper par l’usage de mots colorés. Si des peintres comme Pollock ou de Kooning m’ont fortement inspirée, j’ai aussi énormément d’admiration pour des réalisateurs comme Buster Keaton ou Woody Allen. C’est un peu cet esprit là que l’on retrouve dans mes vidéos.
Et quel est ce concept de Shupshop ?
Le Shupshop, c’est mon atelier, c’est un peu mon monde, c’est là où je peins et dessine. Puisque je suis toujours frustrée par le manque de temps, j’y passe le plus de temps possible à travailler. Quelque part, c’est comme si j’avais transformé mes œuvres en amis, c’est comme un théâtre où je peux expérimenter, c’est un atelier et un lieu de mise en scène.
Susan Shup ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Tu as aussi travaillé avec des designers et décorateurs. Est-ce que ce fut une expérience positive ?
Oui, c’est une très bonne expérience, c’est toujours un challenge. A l’image de Sonia Delaunay qui travaillait le tissu, j’ai par exemple fait des rideaux ou des couvre-lits. C’est intéressant de travailler le textile, surtout à Paris où la mode est une des grandes industries locales…Pour moi ce travail commercial peut aussi renforcer mon travail artistique, cela peut permettre de donner une autre vie, un autre sens à des peintures ou encore à des objets ou bijoux.
Penses-tu que ton arrivée à Paris a aidé ta carrière artistique ?
J’ai toujours peint mais c’est à Paris que je me suis vraiment lancée. Ma carrière venait juste de débuter quand j’ai quitté les US. Dans les années 80, j’ai commencé à travailler avec une galerie parisienne au moment où il y avait un fort engouement pour la Figuration libre avec des artistes comme Combas, Ben, Di Rosa, ce qui a aidé des artistes dans mon genre, qui privilégiaient le style pictural.
Quel est ton point de vue sur la scène artistique française et américaine ? As-tu remarqué certaines différences ?
Je pense que l’on est arrivé à un point où les différences s’estompent au niveau mondial, les courants artistiques se diffusent de plus en plus rapidement.
Le poids de l’Etat dans le domaine artistique en France peut être à double tranchant, on a parfois l’impression que les artistes français sont trop assistés. Par ailleurs, certains artistes, notamment quand ceux-ci enseignent, peuvent avoir une influence très marquée sur la jeune génération. C’est le cas avec Annette Messager par exemple - ce qui n’est pas foncièrement une mauvaise chose - mais ce qui peut aboutir à une production très « française » dans l’ensemble. D’une manière générale, je pense aussi que l’art en France est beaucoup plus intellectuel qu’aux Etats-Unis où malheureusement ce secteur est devenu très business. Les jeunes sortent des écoles d’art avec un plan de carrière dans la tête. Par contre, il est évident qu’il y a beaucoup plus de variété à New York qu`à Paris, aussi bien au niveau des artistes, des styles mais aussi des publics…
Video: Mobile Shup avec Emmanuel Lorain :
Qu’est-ce qui t’a le plus surprise à ton arrivée en France?
Je ne maitrisais pas du tout la langue mais ça, ce n’était pas vraiment une surprise ! (rires). J’avais l’impression que les traditions prenaient beaucoup plus de place dans la société en France qu’aux US, qu’elles étaient beaucoup plus respectées. Ce qui m’avait marqué, c’est que les gens prennent vraiment le temps de manger, de vivre, d’être en famille lors des fêtes ; choses qui se sont beaucoup perdues aux Etats-Unis. Je ne dis pas que je préfère l’une ou l’autre de ces deux cultures mais peut-être que quelque chose d’intermédiaire, entre les deux, serait un idéal.
Susan Shup ©2009 Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Y a-t-il des personnalités qui t’inspirent ?
Oui…Obama ! J’étais à Porto Rico lors du soir de son élection, c’était impressionnant. C’est une grande promesse pour l’avenir après ces années dures, fascistes, corrompues et faussement religieuses.
Quels sont les projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?
Je prépare un roman-photo : « Agathe obsession », sur l’histoire d’une fille à Paris, une stockeuse qui suit un mec dans les rues de la capitale. J’ai aussi une exposition pour novembre et plusieurs projets de produits.
Susan Shup photographiée par J+M+R ©2009 Thibaut Estellon
Y a-t-il des choses qui te manquent des Etats-Unis ?
Des bons burgers !
Ça me manque aussi de ne pouvoir aller dans les librairies tard le soir comme il est possible de le faire dans les grandes villes américaines. Les bons restaurants asiatiques me manquent aussi, il y a en beaucoup moins ici…
Te verrais-tu retourner aux US ?
Ce serait dur…à moins que l’on me propose une maison en bord de plage en Nouvelle-Angleterre !
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
©2009 Photos Jean-Marc Ruellan / mutebook.com
Merci à Richard Nahem pour son soutien sur cette interview
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