Photo courtesy Sophie Theallet
Originaire de Biarritz, c'est à Paris avec Jean-Paul Gaultier et Azzedine Alaïa que Sophie Theallet a fait ses premières armes dans le milieu de la mode. Elle crée aujourd'hui ses propres collections, ici, à New York et c'est dans son atelier de Brooklyn qu'elle me reçoit et qu'elle me parle de son parcours, de sa vision de la mode et de sa dernière collection montrée récemment lors de Fashion Week...
Sophie, peux-tu revenir sur ton parcours ? Comment t’es-tu retrouvée à New York ?
Je suis arrivée à New York il y a 10 ans pour suivre mon mari que j’avais rencontré en France. A l’époque, je travaillais pour Jean-Paul Gaultier avant de devenir le bras droit d’ Azzedine Alaïa pendant plusieurs années. A New York, j’ai dans un premier temps essayé de travailler pour des boites américaines mais cela ne ressemblait pas à ce que j’avais appris dans le monde de la haute couture avec Alaïa ou Gaultier. Cela ne me correspondait pas du tout et j’ai donc décidé de lancer mes propres collections par goût de liberté. Le fait d’avoir travaillé dans ces maisons françaises de haute couture a vraiment été une opportunité et m’a clairement aidé dans cette aventure.
Photo courtesy Sophie Theallet
Tu as donc été une observatrice privilégiée des milieux de la mode américains et français. Quelles sont les différences que tu as pu remarquer notamment entre Paris et New York ?
Paris est toujours LA capitale de la mode. Il y existe un savoir-faire que l’on ne peut apprendre que là-bas. C’est encore le rêve de beaucoup de personnes d’être formé dans les ateliers de haute couture parisiens. Les Etats Unis n’ont pas ces anciennes institutions à l’image de la maison Lesage et de ses broderies, de la maison Michel reconnue pour ses chapeaux, ou de la maison Massaro réputée pour ses chaussures sur mesure. On ne trouve pas à New York ces maisons de tradition qui se transmettent de père en fils car c’est une ville plus jeune en termes d’industrie de la mode. Il y a donc réellement un savoir faire français qui ne peut être appris qu’en France.
Photo courtesy Sophie Theallet
Crois-tu que cette absence de tradition historique dans le milieu de la mode à New York pourrait justement être une source d’inspiration et de créativité pouvant donner naissance à une mode plus débridée, plus originale, plus décomplexée que la mode française?
Oui tout à fait. Je crois que l’idéal est d’avoir une formation et une expérience professionnelle française puis d’arriver ici où tout est « neuf » et où tout reste à créer en quelque sorte. Il est clair que l’on se sent plus libre en termes de créativité. En même temps, il ne faut pas oublier que le nombre de gens qualifiés est extrêmement important ici. C’est pourquoi ce que je crée aujourd'hui ne serait pas mieux fabriqué en France.
Photo courtesy Sophie Theallet
As-tu observé des différences entre la façon dont les femmes s’habillent à Paris et à New York ?
Je crois que la française ose peut être plus. Encore que cela dépend des quartiers. Ici les gens vont prendre plus de risques dans leurs styles vestimentaires s’ils habitent dans le East Village plutôt que dans le Upper East Side pour te donner un exemple. De la même manière, à Paris, les habitants de Barbès ou de Belleville vont plus oser que les gens du 16ème.
Photo courtesy Sophie Theallet
En quoi ta vie à New York influence tes collections ?
La ville est tellement cosmopolite que je capture des essences provenant des quatre coins du globe ; ce brassage multiculturel m’inspire énormément dans mes collections. Aujourd’hui, les produits que je fais sont un mélange de ce que j’ai appris à Paris et d’un côté bohémien que je possédais auparavant et que j’ai pu retrouver depuis que je vis à ici. Je me sens en effet beaucoup moins jugée, plus libre créativement, plus décontractée et décomplexée…Bref, je me sens beaucoup mieux ici qu’à Paris ! (rires) Par ailleurs, je crois que l’on n’a pas ici ce stress négatif que l’on ressent à Paris. J’espère que la situation va encore s’améliorer avec Obama même si les conditions économiques sont peu réjouissantes actuellement. Mais en même temps c’est pour cela qu’il faut continuer à donner du rêve et à aller au bout de ce qu’on a envie de faire. Je pense que c’est ce qui me permet d’ailleurs de toujours progresser. Si j’étais focalisée uniquement sur l’aspect financier, je mettrais la clé sous la porte. La mode a vocation à diffuser du rêve et c’est d’autant plus important en ces périodes difficiles.
Photo courtesy Sophie Theallet
D’ailleurs quel a été l’impact de la crise pour toi ?
Rien n’a changé (rires). Je vends mes collections dans des petites boutiques spécialisées mais aussi dans des department stores comme Barneys. Vu que nous sommes une petite structure qui n’a pas explosé soudainement mais qui a plutôt avancé progressivement, nous avons été moins touchés que les grosses maisons de coutures. Puisque notre ligne est en train de monter, nous savons aussi que si l’on perd une boutique, il y en aura d’autres qui vont s’ajouter. Mais vraiment, comme je disais, j’essaye de rendre les femmes plus belles et c’est vraiment là-dessus que je concentre le gros de mes efforts.
Photo courtesy Sophie Theallet
Peux-tu nous parler de la collection que tu as présentée à Fashion Week récemment ?
Cette collection est influencée par le style des indiens natifs d’Amérique. C’est en effet une culture pour laquelle j’ai beaucoup de respect, qui me fascine et m’attire depuis mon arrivée dans ce pays. Je pense que nous en avons beaucoup à apprendre que cela soit du côté culturel avec leurs traditions, du côté écologique via leur rapport particulier à la nature ou bien du côté de la médecine avec leurs pratiques douces et alternatives. Pour cette collection, le but était bien sur de ne pas tomber dans le premier degré et de mettre des plumes partout (rires). L’idée était de retraduire leurs ornements dans des éléments plus discrets via des références subtiles et bohèmes tout en restant chic sans tomber dans le cliché. Par exemple, je retranscris les colliers de guerre via des pintucks.
Comment s’est passé le défilé ? As-tu des anecdotes particulières ?
Le défilé s’est très bien passé et nous avons eu beaucoup de retombées média positives. C’est une bonne chose car après tous ces mois de travail, il faut aussi que nous puissions vendre. On se concentre d’ailleurs beaucoup là-dessus actuellement. Par ailleurs, c’était un plaisir de voir le producteur de hip hop Kanye West, l’acteur anglais Rupert Everett ou encore Loulou de la Falaise, la muse d’Yves Saint Laurent.
As-tu suivi les défilés à Paris et à New York récemment ?
Oui j’ai suivi les défilés à Paris de Channel, Lacroix, Gaultier…C’est toujours inspirant. La haute couture c’est du rêve, de la poésie, des heures de travail, de l’artisanat et c’est d’autant plus louable de vendre du rêve maintenant que nous sommes en période de crise. Quant à New York, j’étais vraiment trop occupée par mon propre défilé pour suivre les autres (rires).
Est-ce que tu peux me parler de ton défilé qui avait fait pas mal de bruit dans la presse américaine notamment parce que tu avais choisi uniquement des mannequins noirs ?
Quand j’ai fait ce défilé, j’ai pensé couleur pour ma collection et le noir m’est tout de suite venue à l’esprit. Je ne me suis pas posée la question, cela me semblait juste et naturel. Ce n’était pas du tout un engagement politique car je trouve que l’on n’a pas à s’expliquer sur cela. Quand on fait un défilé uniquement avec des mannequins blancs par exemple, personne ne réagit. C’était aussi un hommage à Yves Saint Laurent qui venait juste de mourir et qui avait été le premier à avoir des mannequins noirs. Lors du défilé, les filles que nous avions choisies étaient magnifiques, elles ressemblaient à des princesses, les couleurs étaient magnifiques sur la peau.
Photo courtesy Sophie Theallet
Peux-tu nous parler du quartier où tu habites ?
Cela fait plusieurs années que j’habite à Brooklyn, dans le quartier de Boerum Hill et j’adore. J’ai grandi à Biarritz et il y a quelque chose ici qui me rappelle mon enfance, en particulier les immeubles. De nombreux basques ont émigré à New York, notamment à Brooklyn, d’où cette architecture parfois très similaire à celle de ma région. C’est un quartier très relax, il y a beaucoup de supers restaurants comme La Mancha , un bar a tapas, Quercy, un très bon restaurant français ou encore Hibino , un resto japonais.
Photo courtesy Sophie Theallet
Quels sont tes designers préférés à New York ?
De loin, Marc Jacobs. J’apprécie aussi beaucoup Oscar de la Renta.
Quels sont les événements qui t’ont marquée en 2008 ?
Pour être honnête, notre vie tourne beaucoup autour de notre compagnie. J’avoue avoir envie de pouvoir partir en vacances plus souvent. J’ai beaucoup de respect pour le travail de Martine Barrat qui a eu une exposition récemment à la Maison Européenne de la Photographie à Paris . Sinon, bien évidemment, l’élection d’Obama qui a illustré cette faculté du peuple américain à évoluer rapidement...
Photo by Chip Somodevilla/Getty Images
"If, like a Cherokee warrior, I can look at the New Year as an opportunity to stand on new ground, then strength and courage are on my side. If I have waited a long time for everything to be perfect and there have been moments, brief as they were, that filled my expectations then I can face the challenges. I will remember that things do work out, bodies do heal, relationships mend - not because I said it, but because I believe it. But it is time to make things right, to stay on the path. As water runs fresh and free from the woodland spring, so new life and meaning will bubble up from my own inner source. I will be still and steady, because there is nothing to be gained by showing fear in a chaotic world. I can turn from ignorance and prejudice toward a light that never goes out. The death of fear is in doing what you fear to do."
Sequichie Comingdeer *
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Le site de Sophie Theallet : www.sophietheallet.com
* Citation utilisée par Sophie Theallet pour l'invitation au défilé
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
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3 comments:
merci pour ce passionnant interview de Sophie Theallet ! on a vraiment envie de porter ses robes
Effectivement! il semblerait que Michelle Obama soit aussi d'accord avec vous !
je réalise des chapeaux fous. J'essaye de me demarquer en créant toujours des nouvelles formes et en utilisant des nouveux matériaux. je suis dans les Pyrénées 2 rue Justin Daéas 65200 Bagnères de Bigorrej'ai monté ma propre affaire j'ai pignon sur rue je suis de la meme ville que sophie Théallet. Je vous dit à bientot
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