Céline Kaplan ©2009 Thibaut Estellon
Céline Kaplan est un peu à l’image de New York : dynamique, enjouée, passionnée, pleine d’énergie.
Avec ces qualités, pas étonnant qu’elle se retrouve dans les relations publiques et que cela lui réussisse. Après avoir débuté dans l’art, c’est dans le luxe et la mode qu’elle travaille aujourd’hui. Devenue Directrice des RP aux Etats-Unis pour Erès et Bourjois, deux marques bien de chez nous, elle ne cache pas son amour pour cette ville où elle réside depuis maintenant plus de 18 ans et qu'elle affectionne plus que tout...
Cet entretien sera donc l'occasion pour nous de découvrir son parcours et son métier, de recueillir ses opinions sur la crise ou encore le projet de réforme de couverture santé et enfin de découvrir ses lieux et quartiers new yorkais préférés.
Bonjour Céline, d’où viens-tu et comment t’es-tu retrouvée à New York ?
Je suis originaire de Paris et suis arrivée à New York il y a 18 ans. Au départ, j’ai fait le grand saut pour suivre un mec mais c’est finalement pour la ville et son énergie que je suis restée (rires).
Je représentais alors des artistes européens aux Etats-Unis, surtout à New York. J’étais en quelque sorte agent, attachée de presse et art dealer indépendant puisque j’exposais aussi chez moi. C’était très intéressant mais malheureusement peu rémunérateur puisque je ne travaillais qu’avec de jeunes artistes.
Par la suite, j’ai changé de voie et j'ai repris des RP chez Air France, dans la partie construction, ce qui m’a aussi permis de pas mal voyager ! Je suis finalement rentrée chez The Chanel Company Limited. Ils avaient à l’époque Frédéric Fekkai puis ont monté Bourjois aux US, marque pour laquelle je dirige les relations publiques aux Etats-Unis. Je m’occupe aussi des RP d’ Erès puisque cette marque fait dorénavant partie de ce groupe.
Bourjois est une marque très connue en France. Quelle est votre approche pour la promouvoir aux US ?
Oui, Bourjois est la plus ancienne compagnie de maquillage au monde, puisqu’elle fut fondée en 1863. Mais c’est aussi la plus drôle et la plus sympathique ! C’est une marque qui a beaucoup d’humour et c’est essentiellement comme ça que nous arrivons à récupérer de la presse aux Etats-Unis. On joue aussi sur le côté français même si on doit s’adapter au marché local.
Mais, dans ce milieu, je crois que c’est un avantage d’être français aux US. Le fait d’avoir un accent français ouvre des portes, séduit, permet de faire des erreurs. Le fait de venir d’une culture différente permet également d’avoir un autre point de vue, ce qui est un atout, et cela quel que soit le pays d'où l'on vient...
As-tu remarqué des différences entre Paris et New York dans ce secteur de la mode et du luxe ?
Le milieu parisien est beaucoup plus fermé, plus petit et moins orienté business. On capture bien cette différence en feuilletant un Vogue américain et un Vogue français. Le Vogue US fait la part belle aux grosses marques tandis que le Vogue français est plus stylisé, tout en restant lui aussi très business. Si je devais donner un exemple pour illustrer ces différences, je dirais qu'Isabelle Marant symbolise la France et Diane von Furstenberg les Etats-Unis. Bien évidemment, ce n’est pas la même qualité, mais je veux dire par là que l’américaine est beaucoup plus sophistiquée et attentionnée dans sa tenue, on voit qu’elle fait plus d’efforts, qu’elle suit parfois un diktat… tandis que la mode française veut ignorer ce diktat alors qu'il est bel et bien présent.
Quels sont tes designers préférés ?
Erès pour leur coupe impeccable et leur chic inné. La Maison Michel , la nouvelle marque par laquelle je suis obsédée, ou encore les sacs Jérôme Dreyfuss et Isabel Marant .
Te verrais-tu revenir dans le milieu de l’art par lequel tu as commencé ta carrière ?
Oui pourquoi pas. D’ailleurs je pousse les marques avec lesquelles je travaille à faire des partenariats, que ce soit en architecture pour l’ouverture de nouvelles boutiques ou avec d’autres disciplines artistiques. J’aimerais bien par exemple que des artistes planchent sur ce qu’est la femme Erès. Avec la crise, les prochaines années s’annoncent dures mais aussi très créatives.
Quel est d’ailleurs l’impact de cette crise sur ta vie personnelle et professionnelle ?
Au niveau personnel, on ressent beaucoup de stress, de nombreuses personnes perdent leur emploi. Mon mari qui travaillait à Wall Street s’est retrouvé en plein milieu de ce champ de bataille. Heureusement ça s’est passé sans trop de dommages collatéraux.
Au niveau professionnel, c’est par contre très intéressant et motivant. Pour arriver à dépasser cette crise, nous sommes obligés de penser nos relations publiques différemment. Il faut savoir innover, être plus malin et bricoler parfois avec des budgets réduits. On assiste à une vraie remise en question de la machine, ça nous pousse à développer de nouvelles choses, c’est passionnant...
Avec du recul, crois-tu que tu aurais pu accomplir le même parcours en France ?
Absolument pas. Tout simplement parce que j’ai un diplôme de sociologie de la Sorbonne et que je n’ai fait aucune école d’attaché de presse ou de commerce. Tout ce que j’ai pu faire je l’ai fait parce que j’étais française à New York, que j’avais ce sens de la communication dans le sang et que j’adore ce que je fais. J’ai toujours appris de chaque instant de ma carrière et ceci quel que soit le milieu. En France, on m’aurait sûrement moins écouté...Mon accent m’a probablement permis d’avoir ici un certain point d’autorité…
Quel est ton point de vue sur les tentatives d'Obama pour réformer la sécurité sociale et l'opposition croissante qu'il rencontre à ce sujet parmi les hommes politiques et la population ?
L’Amérique en a besoin. Ces reformes sont nécessaires mais elles représentent un énorme pari…C’est loin d’être gagné même si Obama et sa femme Michelle sont les meilleurs RP du monde et permettent de redorer le blason des Etats-Unis, ce pays de contraste et de liberté…ce qui veut dire aussi qu’on a le droit et la liberté d’exprimer son désaccord, ce qui arrive très souvent et dans tous les domaines, pas uniquement celui de la santé.
Revenons à New York et faisons maintenant un tour de tes lieux préférés. Commençons par ton quartier ?
J’aime beaucoup Nolita et SoHo pour le shopping même si SoHo est devenu un big mall. Mais bon…cela fait partie de l’évolution de la ville, c’est l’Amérique, c’est le business, les quartiers changent constamment. J’apprécie aussi le Lower East Side que je découvre encore à chaque fois que j’y vais.
Tes lieux culturels ? BAM , la Neue Gallery , les expos de la Morgan Library et de la PACE Downtown. J’adore la Galerie Perrotin à Miami et la Rubell Family Collection , un vrai délice !
Cinéma ? Angelika
Evénements culturels ? Les pièces du Théâtre de Complicité , une petite troupe de Londres qui passe à NYC de temps en temps - Brillant !
Boutiques de fringue ? Kisan Concept Store , un shop qui présente de nombreux designers de talent et Opening Ceremony.
Restaurants, bars ? J’adore Les Enfants Terribles , le Carlyle , Macao Trading Co avec son décor super sympa.
Macao Trading Co
Y a-t-il des choses qui te manquent ? Envisages-tu le retour ?
Les petits suisses et le fromage me manquent mais pas les grèves (rires). Quant au retour, non, à moins que l’on me fasse une proposition monstrueuse qu'il serait indécent de refuser...
Aurais-tu des recommandations pour des français souhaitant s’implanter et travailler ici ?
La maitrise de l’anglais est importante et nécessaire. Mais l’essentiel et de faire ce qu’on aime et gagner sa vie avec. Personnellement, je pense que c’est plus facile d'y arriver à New York…
Et si tout cela était à refaire ?
Je signerais de suite ! New York est une ville fantastique avec une énergie qui te pousse et te fait avancer en permanence ; c’est une ville incroyable...
Pour plus d'informations, les sites d' Erès et de Bourjois .
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
Photos Courtesy Erès / Bourjois
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