Aurélie Jézequel ©2009 Thibaut Estellon
Le Lower East Side est devenu depuis plusieurs années un des quartiers branchés de New York. Restaurants et bars trendy, magasins de mode vintage ou avant-garde, galeries d’art, clubs et salles de concerts s’alignent en masse et font concurrence à de petites rues calmes offrant un peu de répit au milieu de l’agitation continue des passants.
C’est dans ce quartier qu’Aurélie Jézequel réside.
Passionnée de photo, elle en a fait son métier. Après des débuts à Paris, c’est à New York qu’elle pose ses valises et décide de se lancer. Elle revient ainsi pour nous dans cet entretien sur Ajproductionny,inc la boîte de production qu’elle a développée mais aussi sur Resource Magazine, une publication qu’elle a lancée et qui traite bien évidemment du milieu de...la photo (...)
Hello Aurélie, d’où viens-tu et comment t’es-tu retrouvée à New York ?
Je suis originaire de Paris et suis arrivée à New York en 1995. Avant de m’installer ici, j’étais acheteuse d’art dans une agence de pub ; je cherchais et choisissais des photographes pour des prises de vue. J’avais souhaité faire un stage à la maison mère basée à NYC afin de mieux me familiariser avec le marché américain car on bossait souvent avec eux. Finalement, je suis tombée amoureuse de cette ville et n’en suis jamais repartie. Après avoir été embauchée et avoir obtenu ma carte verte, une chose en a entrainé une autre et j’ai commencé à bosser en freelance avant de lancer Resource Magazine il y a 2 ans parallèlement à mes activités.
Peux-tu nous présenter ce magazine ?
Mon expérience professionnelle se situait majoritairement dans la photo, que ce soit dans les prises de vues pour la pub ou pour de l’éditorial. Une amie styliste a eu cette idée de faire un magazine à propos de ce milieu de la prod photo, de ce qui se passe sur une prise de vue, des gens qui sont impliqués dans ce domaine, que ce soit les assistants, photographes, stylistes, mannequins, producteurs, régisseurs, studio managers, traiteurs…On peut y voir tout l’envers du décor, ce qui se passe backstage, les challenges rencontrés pour monter une image que ce soit trouver du soleil au mois de janvier, faire courir des chevaux dans une rue de San Francisco et bien d’autres choses incroyables imaginées par les agences de pub.
Tu es aussi productrice photo, en quoi cela consiste ?
Oui, j’ai effectivement deux activités puisque je suis depuis 10 ans freelance producer, c'est-à-dire que j’organise des prises de vue, que ce soit au niveau du budget, de l’équipe, du casting, du repérage, des voyages ; tout ce qui à rapport avec la logistique d’une prise de vue.
On a souvent du mal à imaginer le travail qu’il y a derrière une prise de vue. Qu’est- ce que cela représente en termes de temps, de budget, de contraintes ?
Cela dépend beaucoup des projets…Par exemple, pour une pub Playstation, nous avons dû organiser un shoot dans des canyons de l’Utah. On était sur place à 4 heures du matin pour capter une lumière magnifique à l’aube puis nous avons attendu celle du coucher de soleil. On est ensuite revenu à New York où on a shooté des skateboarders qui ont été intégrés en post-production afin de donner l’illusion parfaite que ceux-ci étaient en train de faire du skate dans le canyon. C’était un gros projet, avec plusieurs visuels, qui devait être bouclé en une semaine…Mais cela dépend vraiment des clients et des projets, cela peut aussi être beaucoup plus simple.
Tu baignes dans le monde de la photo depuis plusieurs années, as-tu des préférences pour certains photographes ?
J’aime beaucoup Sarah Moon pour le côté très éthéré et poétique de son travail. Sinon, totalement à l’opposé, j’apprécie aussi beaucoup l’école allemande, genre Andreas Gursky, c’est un peu le yin et le yang (rires).
Quelle est ta perception du monde de la photo commerciale par rapport au milieu de la photo artistique ?
On observe de plus en plus de connections entre photo d’art et photo commerciale et je trouve cela réellement intéressant. La photo d’art apporte une nouvelle dimension, un nouveau regard sur la photo commerciale avec des photos plus riches et plus esthétiques. Malgré tout, il y a peut-être parfois un snobisme de la part des annonceurs et magazines qui cherchent des jeunes talents ou des artistes plus confirmés dans les galeries et expositions plutôt que de prendre des photographes commerciaux que tout le monde connait... C’est pour cela qu’on voit par exemple Philip-Lorca diCorcia shooter pour W magazine…
Y a-t-il des différences entre Paris et NYC dans ce monde de la photo ?
Je crois que c’est plus une différence de mentalité, de culture... Ici, on trouve ce côté très américain « on y va et on y croit » mais on donne également beaucoup plus la chance aux gens. Cela peut paraître cliché mais cela arrive plus souvent qu’on ne le croit.
La crise ?
C’est très difficile. La crise va faire le ménage, les plus forts vont survivre. Mais on a déjà vécu ça après le 11 septembre 2001. On espère qu’on sera toujours là dans un an…
Qu’est-ce que tes années passées à New York t’ont apporté ? Qu’est ce qui t’inspire ici ?
L’énergie et le sentiment de liberté qu’on trouve ici sont incroyables. C’est pour cela que je reste ici. On a l’impression que tout est possible, comme ce fut le cas pour le magazine. Mon associée et moi n’étions pas spécialisées dans la presse, mais les gens nous ont donné notre chance, il y a moins de barrières à l’innovation et à l’expérimentation. Je ne pense pas que cela aurait été faisable en France. Même si Paris reste un lieu très important pour la photo, cela aurait été plus difficile de trouver nos collaborateurs aussi aisément. Ici on a embauché tout le monde via craigslist, qui est un outil incroyable ! New York est une concentration de talents qui ne demandent qu’à bosser et à s’investir dans des projets intéressants.
On peut trouver Resource Magazine dans les Newsstands mais aussi gratuitement dans tous les studios et labos de New York, Los Angeles et Miami. Pourquoi ces trois villes ?
Ce sont les trois gros centres américains de la production photo et de la mode. New York reste New York, c’est une ville incontournable pour cette industrie. Quant à Miami, la ville s’est beaucoup développée dans les années 80 en raison de son climat très favorable pour les photoshoots, il y fait toujours beau. Pour L.A., toute une industrie de la photo s’est créée en marge du milieu du cinéma...
Quelles sont les choses qui t’ont marquée depuis ton arrivée ?
Je suis toujours surprise par le côté très casual des américains, c’est beaucoup moins formel qu’en Europe. Au niveau sémantique, l’absence de « vous » aide sûrement beaucoup, il n’y a aucune barrière…
Quels sont tes rapports avec la communauté française ?
Aujourd’hui, mes amis les plus proches sont français. Mais, à mes débuts ici, je n’ai pas eu envie de recréer Paris à New York, ce n’était pas le but. Après 15 ans passés ici, je me reconnecte progressivement avec cette communauté…
Quel est ton quartier préféré ?
Le Lower East Side car je suis paresseuse et que c’est le quartier où je vis (rires). Non, c’est un quartier que j’adore car c’est toujours très authentique avec un mix de populations important, c’est un drôle de mélange. J’apprécie beaucoup Schiller’s et Le Père Pinard, deux bars-restaurants du quartier, les boutiques sont très sympas même si certaines ont malheureusement dû fermer avec la crise.
Aurais-tu des recommandations pour de futurs expatriés ?
Ne pas hésiter à taper aux portes et à demander des conseils et de l’aide. Les New Yorkais sont extrêmement à l’écoute de nouvelles idées et projets et sont toujours prêts à donner un coup de main…
Est-ce que la France te manque ?
Certaines choses comme les diners chez les amis me manquent énormément. Malheureusement, c’est assez rare ici…Je pense qu’on vit tous dans de petits appartements et il y a toujours des endroits sympas ou aller... On ne prend plus le temps de passer cinq heures autour d’une table…
Envisages-tu le retour ?
Dans l’immédiat, je ne me vois pas revenir tellement j’ai de projets ici…Mais qui sait, tout est possible ici…
Le site de la boite de prod d'Aurélie Jezequel : www.ajproductionsny.com
Le site de Resource magazine : www.resourcemagonline.com
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©2009 Thibaut Estellon / The French Creative Connection
Photos courtesy Aurélie Jezequel
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